Ecole des fiancées dans la préparation des mariandi et l’accompagnement des jeunes couples : expérience de la communauté de l’Emmanuel

« La situation sociale complexe et les défis auxquels la famille est appelée à faire face exigent de toute la communauté chrétienne davantage d’efforts pour s’engager dans la préparation au mariage des futurs époux[1] ».

Introduction

Face à une crise des familles qui prend une ampleur de plus en plus préoccupante dans le pays, la communauté de l’Emmanuel a remarquée après discernement un grand et urgent besoin d’accompagner les couples des fiancés avec une préparation soutenue au mariage pour, comme l’adage le dit « prévenir que guérir ». Après une longue réflexion et prière, un des moyens identifiés a été de commencer l’école des fiancés au Rwanda.

La première promotion de l’école a commencé le 11 décembre 2011. Au début, l’école basée au centre de l’Emmanuel, avait ciblée seulement les paroisses de la zone pastorale Saint Michel, mais très vite d’autres paroisses de l’Archidiocèse de Kigali voire d’autres Diocèses ont envoyé des candidats. La première promotion a enregistré 18 couples de fiancé qui ont complété le programme, mais le nombre est allé grandissant.

Comme d’aucun pouvait l’imaginer, il y a eu des participants qui, à la lumière des enseignements et témoignages, qui ont pour objectif d’aider les participants à mieux discerner sur les motifs leur choix, décidèrent d’arrêter leur cheminement pour réfléchir s’ils sont vraiment appelés à vivre ensemble ; c’est pour nous plutôt une réussite car mieux vaut que cela se fasse pendant la préparation pour éviter le pire après le mariage.

Au fur et à mesure que les gens prennent connaissance de l’existence de l’Ecole, le nombre des participants augmente. « Il leur dit : La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Luc 10, 2). La soif inassouvie des filles et garçons voire même des parents qui souhaiteraient que la préparation au mariage se fasse ipso facto dans l’école des fiancés touchait le cœur de la communauté de l’Emmanuel. Cette dernière, sous la lumière de l’Esprit Saint et en étroite collaboration des Diocèses et paroisses, a ouvert au fil du temps d’autres écoles des fiancés comme le montre le tableau ci-après :

EDF Centre  de l’Emmanuel Kibungo Butare Gisenyi Gitarama Ruhengeri St Paul
Année de Création  2011  2013  2016  2016  2017  2018  2019
Nombre de couples formés 899 99 130 134 58 14 80
Promotion 17 8 10 8 6 2

L’école offre un programme fait d’activités riches et variées sur une période de cinq mois à raison de 2 rencontres par mois. Une rencontre commence toujours avec une louange joyeuse, suit ensuite des enseignements, il y a souvent l’adoration, la messe et les partages. L’école propose également des sorties d’épanouissement pour permettre aux couples de fiancés de joindre l’utile à l’agréable tout en apprenant à passer des moments de qualité ensemble. Il y a également la prière de guérison intérieure et le sacrément de pénitence qui ouvre grandement les yeux des participants et leur permet de jeter un regard    intro et rétrospectif sur leur vie depuis leur tendre enfance et partant, leur permet de déguster la saveur des fruits du pardon.

Enfin, l’école se boucle par une session où les filles se réunissent autour des « mamans » (« tantes ») de la communauté et les garçons autour des « papas » de la communauté pour s’entretenir sur la vie conjugale avec des questions vraiment tout horizon.

Chaque école organise deux promotions par an dont la fin coïncide avec les deux grandes périodes de l’année communément connues pour la célébration des mariages. Les candidats à l’école passent par leurs curés paroissiaux qui les recommandent par écrit à s’inscrire à notre école des fiancés. À la fin du parcours, les couples qui ont complété le programme de préparation sont certifiés par l’école et renvoyés à leurs curés pour les formalités usuelles exigées pour la célébration du sacrement de mariage.

Les fruits humains et spirituels de l’école :

La préparation au mariage, à la vie conjugale et familiale est d’une grande importance pour le bien de l’Église. En effet, le sacrement de Mariage a une forte valeur pour toute la communauté chrétienne et, en premier lieu, pour les époux, eux dont la décision est telle qu’elle ne pourrait être sujette à improvisation ou à choix hâtifs (Conseil Pontifical pour la famille, 1996).

La conversion:

La préparation au mariage dans l’école des fiancés constitue un moment providentiel et privilégié pour ceux qui s’orientent vers ce sacrement chrétien, et un temps où Dieu interpelle les fiancés et suscite en eux le discernement pour la vocation au mariage et à la vie qu’il introduit. Les fiançailles s’inscrivent dans le contexte d’un processus dense d’évangélisation d’où le premier fruit est la conversion comme en témoignent ces couples ayant terminés le cursus de l’école des fiancés.

Le témoignage d’un couple dont la fille était catholique et le garçon protestant pratiquant :

Au début, le garçon a accepté de venir suivre les enseignements de l’école mais dans son entendement, il croyait et l’avait dit à la fille que le mariage se fera à tout prix à l’église protestante.  Cependant, au fur et à mesure que les jours avançaient, le garçon prenait son temps de méditer sur les enseignements et sur les comportements des animateurs-couples ou prêtres. Ce n’est qu’après l’enseignement sur le mariage donné par notre frère Abbé Théophile qu’il a pris son temps d’inviter sa fiancée à une soirée à deux, il lui avait dit qu’il avait un cadeau pour elle, c’était de lui dire qu’il ne campait plus sur ses positions, que le mariage se fera à l’église catholique. Ce n’est pas tout car à la veille de la cérémonie de clôture de l’Ecole, il a encore dévoilé un autre secret à sa fiancée, que non seulement le mariage se fera à l’église catholique mais aussi et surtout lui aussi va se convertir au catholicisme. C’était une fête au village ! La fille n’a pas voulu garder à elle seule ce témoignage, elle a insisté pour qu’il soit partagé à tous les amis de l’école et participants aux cérémonies de clôture. Nous avons loué le Seigneur pour ses hauts faits et son amour inconditionnel.

Couples actifs dans l’Eglise et dans la société rwandaise

D’après les témoignages que nous avons recueillis dans les deux rencontres organisées à l’intention des couples lauréats de l’école des fiancés, beaucoup sont déjà actifs dans les groupes de prière et dans les mouvements d’action catholique où ils s’emploient à annoncer ensemble l’Evangile. Ils sont maintenant actifs dans les communautés ecclésiales de base. Un bon nombre de couples, anciens    des écoles des fiancés, suivent actuellement l’école des couples qui sans nul doute consolidera et fortifiera leur vie conjugale et leur rayonnement dans leurs régions respectives.

Autres fruits humains

Les fiancés nous ont affirmé qu’ils se sont rendu compte de ce qui est à la base de leurs comportements ou de leurs réactions devant certaines situations qui les contrarient. Ils nous ont partagés qu’ils manquaient souvent de bonne manière d’agir, de retenue, de bonne gestion de leur nervosité et tristesse. Dès lors qu’ils ont trouvé le nœud de leurs insuffisances, ils ont pris la décision de changer, d’avoir des comportements et réactions modérés, surtout d’agir par amour de l’autre. Pour d’autres la capacité de prise de décision a augmenté.

  1. Les fruits spirituels de l’école

L’importance de la préparation implique un processus d’évangélisation pour le mûrissement et l’approfondissement de la foi. Si la foi est faible et quasiment inexistante[2] , il faut alors la ranimer comme l’illustre le témoignage suivant : Un couple qui n’avait pas un niveau de formation avancé, nous a fait un témoignage intéressant. Ils respectent tellement la Bible qu’ils croyaient que seuls les prêtres ou les autres à qui les prêtres ont donné l’autorisation pouvaient ouvrir et lire la Bible et que la lecture ne pouvait se faire qu’à l’Eglise. A leur grande surprise, l’école a dès le premier jour insisté pour que chaque couple se munisse d’une Bible à lui. Pour le premier jour, le couple n’a pas cru en ses oreilles ; toutefois comme on insistait, il a fini par acheter la Bible. Il n’oubliera jamais le jour où il a ouvert la Bible et fait la lecture des versets qui avaient été donnés par l’animateur. Depuis ce jour, le couple lisait la Bible et partageait sur la parole de Dieu.

 Les défis

Certains participants qui ne savent ni lire ni écrire et, ne peuvent ni prendre notes ni faire des devoirs.

Malgré le communiqué qui précise clairement la durée de l’école, certains participants surprennent les dirigeants de l’école que leur mariage est prévue avant la date de la fin de l’école.

Certains participants qui n’ont pas l’âge légal de mariage, sont contraints d’attendre longtemps la célébration effective et, entretemps les filles tombent enceintes.

Les filles qui préfèrent tomber enceinte, avant la fin des enseignements, pour mettre leurs parents au pied du mur et ainsi les contraindre à changer leurs positions en cas d’opposition à leur mariage.

Adapter la méthodologie d’enseignement aux contraintes imposées par la période pandémique du COVID 19.

Collaborations

Nous saluons du fond de notre cœur la franche collaboration entre l’école des fiancés en particulier et les paroisses. Nous sommes infiniment reconnaissant du soutient indéfectibles des prêtres qui, non seulement disent la messe dans les différentes rencontres mais aussi et surtout nous donnent conseil et dispensent certaines leçons.

Perspectives et suggestions

D’autres initiatives faisant partie de la pastorale post-matrimoniale pour l’accompagnement des couples doivent être mis en place pour continuer à accompagner les couples des fiancés après le mariage, à travers les différents obstacles auxquels ils feront face, liés aux différentes étapes de la vie conjugale.

Le Pape François tout comme son prédécesseur le Pape Jean Paul II, estiment que la pastorale familiale revêt un caractère prioritaire et proposent une approche d’accompagnement :

« Accompagner toutes les familles et chacune d’elles afin qu’elles découvrent la meilleure voie pour surmonter les difficultés qu’elles rencontrent sur leur route »[3].

Il y a lieu donc de souligner une fois encore l’urgence de l’intervention de pastorale de l’Eglise pour soutenir la famille. Il est nécessaire de faire tous les efforts possibles « pour que la pastorale s’affermisse et se développe, en se consacrant à un secteur vraiment prioritaire, avec la certitude que l’évangélisation, à l’avenir, dépend en grande partie de l’Eglise domestique »[4].

[1] Amoris Laetitia, n.206

[2] Cf. Familiaris Consortio,n . 68

[3] Cfr. Amoris Laetitia, n. 200

[4] Cfr. Familiaris Consortio  n.65.

By Albert KAYIGUMIRE

Responsable de la Communaute de l’Emmanuel au Rwanda

Voir In « Croisée des Chemins »,  Bulletin Officiel de l’Archidiocèse de Kigali numéro 120 (pp 20-26)

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