Les synodes de l’Église au Rwanda : une réalité de longue date

Au moment où l’Eglise toute entière est en train de vivre un cheminement synodal, depuis que le Pape François a convoqué le Synode 2021 – 2023 en l’invitant à réfléchir sur sa vie  et sa mission, l’occasion nous est donné aussi pour jeter un regard en arrière, afin de redécouvrir le parcours synodal jusque-là effectué dans notre Eglise. Ce cheminement commun est à la fois un don et une tâche : «en réfléchissant ensemble sur le chemin parcouru jusqu’à présent, les divers membres de l’Eglise pourront apprendre de leurs expériences et perspectives respectives, guidés par l’Esprit Saint, éclairés par la Parole de Dieu et unis dans la prière, nous serons en mesure de discerner le processus pour rechercher la volonté de Dieu et poursuivre les voies auxquelles Dieu nous appelle »[1].

Il s’agira pour nous ici, de voir dans l’ensemble quelques les synodes qu’a connus l’Eglise au Rwanda, leur contenu selon les thèmes spécifiques traités ainsi que quelques-unes de leurs délibérations.

Tout cela pour nous aider à faire nôtre le synode en cours afin qu’il nous aide à atteindre ce renouvellement permanent qui doit caractériser l’Eglise du Seigneur.

Aux origines de la démarche synodale dans l’Eglise en Afrique des Grands Lacs : les rencontres de KISANTU (RDC)

 Au cours de l’année 1955 parut la 7ème édition revue et mise à jour des INSTRUCTIONS DES ORDINAIRES DU CONGO BELGE ET DU RWANDA – URUNDI aux prêtres de leurs territoires[2]. Avant d’arriver à la 7ème édition, la 1ère édition avait été publiée             à Kisantu en 1907 sous le titre suivant « missions catholique au Congo. Aperçu sur certaines questions traitées dans la réunion tenue à Léopoldville en février 1907 ». Elle était le fruit des travaux de la 1ère assemblée des «supérieurs ecclésiastiques et réguliers de l’Etat indépendant du Congo, assemblée dont S. Exc. Mgr Roelens avait été l’animateur.

Ces « Instructions » s’enrichirent peu à peu et se précisèrent à chaque réunion nouvelle. La 2ème , la 3ème et la 4ème édition suivirent respectivement les assemblées de Stanleyville (1910), de Kisantu (1913) et de Kisantu (1919).

Celle de 1913 bénéficia de la science canonique du P. Arthur Vermeerch S.J. qui avait assisté aux travaux de la 3ème réunion.

La 5ème édition ne suivit pas immédiatement la réunion de Stanleyville tenue en 1923.Préparée en Belgique, elle parut en 1926 et porte par erreur la mention « 2ème édition ». La publication de la 6ème édition fut décidée en principe à la réunion qui se tint en 1928 à Stanleyville. En fait elle parut seulement en 1930. Elle avait été préparée par le Comité Permanent de la Conférence.

Depuis 1930, ces « instructions » n’ont plus été rééditées. Cependant les réunions des Ordinaires n’avaient pas cessé. Elles avaient pris seulement un caractère plus officiel : Elles étaient devenues les « Conférences Plénières des Ordinaires des Missions du Congo Belge et du Ruanda – Urundi » présidées par S.Esc. le Délégué Apostolique (1932, 1936, 1945, 1951).

A la 3ème et à la 4ème Conférence plénière (1945, 1951) plusieurs Ordinaires exprimèrent le désir de voir paraître à nouveau ces « Instructions » qui contenaient le fruit d’une si riche expérience et dont les directives judicieuses dans tous les domaines étaient à présent ignorées des nouveaux missionnaires et des prêtres indigènes.

La préparation d’une nouvelle édition fut donc décidée. Le Comité Permanent créé par la 4ème Conférence des Ordinaires fut chargé de veiller à l’exécution de cette décision.

La présente édition, soumise aux Ordinaires et approuvée par eux, diffère sensiblement de la précédente. Une importante mise au point était nécessaire : les missions se sont incroyablement développées depuis 1930 et la science canonique missionnaire a notablement progressé.

On s’est efforcé toutefois de garder aux « Instructions » leur caractère si simple et si attachant. On a laissé intacts les fruits savoureux et féconds de l’expérience des Anciens Chefs des Missions.

Ces « instructions » sont adressées par les Ordinaires du Congo Belge et du Ruanda – Urundi à tous leurs prêtres tant réguliers que séculiers. Tant africains qu’européens. Soumises aux Supérieurs Majeurs Religieux, en tout ce qui touche leur compétence, elles ont été agréées et recommandées par eux. Elles ont été approuvées par la Sacrée Congrégation de la Propagande.

En dehors des règles imposées par la morale chrétienne, des prescriptions formelles du Code qui y sont rappelées et de quelques normes particulières, elles ne constituent pas à proprement parler des préceptes mais des directives que tous auront à cœur de suivre fidèlement dans un esprit de générosité et de filiale obéissances.

Tous les   prêtres   du   Congo   belge   et   du   Ruanda-Urundi possèderont un exemplaire de ces instructions et auront à cœur de se les rendre familières. Ils les liront au moins une fois l’an. On recommande spécialement leur lecture publique ou privée à l’occasion de la retraite annuelle.

Le contenu de ces « instructions » portait sur la vie Spirituelle et intellectuelle des prêtres (Chap.1), la discipline du clergé (Ch.2) où il était souligné les rapports hiérarchiques, les relations entre le clergé et avec les autres personnes et institutions, l’organisation de l’apostolat (Ch.3). Il a en outre été question des Ecoles et des Séminaires (Ch.4) la discipline des Sacrements (Ch.5) et le dernier Chapitre revenait sur les problèmes de Pastorale, insistant sur la Prudence pastorale surtout en matière des relations avec les destinataires, la messe dominicale, jeûne et abstinence, questions sociales, christianisme et superstitions, les moyens de communication, l’art, la musique sacrée.

Cette démarche dans l’Eglise sur le territoire du Congo belge et du Ruanda – Urundi a ouvert la porte à d’autres initiatives du genre, qui auront le caractère des synodes comme nous allons le constater, quant à ce qui concerne en particulier l’Eglise au Rwanda.

Les synodes dans le vicariat apostolique du Rwanda

La lettre de Monseigneur le Vicaire Apostolique du Rwanda, Mgr Laurent Deprimoz, datant de l’année 1950 fait mention de deux synodes. Partant des décisions synodales promulguées le 30 Octobre 1945, il présente à l’Eglise les décisions, cette fois-ci, revues corrigées et complétées à l’occasion du synode tenu à Kabgayi du 17 au 20 Janvier 1950. Pour avoir une idée sur ce synode, lisons le paragraphe introductif de l’opuscule contenant les

« décisions synodales » : «Le synode que nous avons réuni à Kabgayi en Janvier dernier avait été préparé par l’examen préliminaire dans chaque mission des questions que je vous avais soumises et ensuite par la discussion de ces mêmes questions dans les réunions régionales présynodales qui eurent lieu les 27 et 28 décembre 1949. Nous avons pu ainsi profiter de l’expérience de vous tous pour résoudre un certain nombre de difficultés que nous rencontrons dans l’exercice de notre apostolat et prendre des décisions, qui, je l’espère, avec la grâce de Dieu, porteront des fruits »[3] .

Les décisions de ces synodes qui se complètent concernent ainsi le Postulat, le Catéchuménat, la chrétienté où il est spécialement traité les contrôles des communions pascales et l’apostolat auprès des ouvriers. Un autre point important concerne les pénitences publiques : elles concernent ceux qui ont commis les péchés de KUBANDWA et KUMARA URUBANZA. Doivent ainsi être punis : (1) Celui qui est initié (Kwatura ou gusubira ku ntebe) (2) Celui qui fait l’initiation dans l’une de ces cérémonies (3) Les parents qui font initier leurs enfants. Les peines publiques doivent être aussi infligées au Bapfumu, aux parents qui envoient leurs enfants s’instruire chez les hérétiques et aux parents responsables du mariage illégitime de leurs enfants. Le Synode a traité aussi de la sanctification du dimanche, des Bakuru b’Inama, de la rétribution du personnel, de l’instruction religieuse des enfants et des Ecritures (publications qui doivent être autorisées par l’ordinaire)[4]. Notons que ces décisions synodales ont donné une ligne de conduite à l’Eglise au Rwanda qui se préparait à recevoir sa propre hiérarchie.

Les statuts synodaux de l’Archidiocese de Kabgayi

En date du 26, 27 et 28 Août 1959 s’est tenu à Nyakibanda un nouveau synode au cours duquel les statuts du vicariat Apostolique de Kabgayi (devenu depuis Archidiocèse) ont été refondus, mis à jour et complétés. Un travail considérable de préparation assuré par la réunion présynodale de 1958, puis une commission spéciale de rédaction avait abouti à un projet qui fut discuté dans chaque doyenné. [5] Il s’agissait des procédures qui aboutiraient à élaborer « les statuts synodaux » de l’Archidiocèse de Kabgayi, une fois qu’ils auraient été approuvés par le synode. Ces statuts ont été rédigés à partir des textes des premiers Statuts Synodaux du Vicariat Apostolique du Ruanda, des lettres circulaires de Mgr Laurent Deprimoz et des « décisions synodales » consécutives aux réunions des années 1945 et de 1950. Il a en outre été tenu compte aussi des textes des « statuts du clergé Séculier » et les éditions successives des instructions communes des Ordinaires du Congo – Belge et du Ruanda – Urundi.

La révision et le regroupement de tous ces textes a donné naissance aux « Statuts Synodaux » de l’Archidiocèse de Kabgayi qui devaient entrer en vigueur dès le 1er Janvier 1961. Ce texte guidera l’Eglise au Rwanda en pleine évolution. Notons que ces « statuts synodaux » seront aussi suivis dans le Diocèse de Nyundo, suffragant de l’Archidiocèse de Kabgayi. Mg Aloys BIGIRUMWAMI les donnera comme directives dans son diocèse dans son Vade – mecum pastoral de 1962[6].

Le synode de l’an 2000

Dans le sillage de la célébration du double jubilée de l’an 2000, l’Eglise au Rwanda a profité de cette occasion pour vivre un synode. L’Eglise commémorait deux événements significatifs, à savoir : les 2000 ans de l’incarnation du Christ  et 100 ans d’évangélisation et d’implantation de l’Eglise au Rwanda. Ce double jubilé ne devait pas passer inaperçu, bien qu’il n’était pas le seul motif. La célébration de ces évènements si importants devait se faire 6 ans seulement après le génocide perpétré contre les TUTSI en 1994. Les plaies étaient encore béantes, tant de cœurs déchirés, la rancœur partout et le désespoir généralisé. L’Eglise était appelée à jeter un regard en arrière, pour revoir son action évangélisatrice, se rendre compte de la situation du moment en vue de projeter un avenir meilleur, non seulement pour elle – même mais aussi pour toute la société rwandaise.

C’est ainsi que dans chaque diocèse les rencontres synodales ont été organisées. Les problèmes liés à l’ethnicité constituaient le pivot des discussions et des échanges au cours des séances du synode.

Ce synode appelé « gacaca nkirisitu » laissera pas mal de cœurs soulagés et cimentera davantage l’unité et la réconciliation entre les rwandais. Il permettra aussi à l’Eglise au Rwanda d’envisager une pastorale renouvelée base de la nouvelle Evangélisation. Le synode lui a permis de s’évangéliser elle – même.

Notons pour conclure qu’à chaque occasion du synode, l’Esprit Saint veut inspirer quelque chose à l’Eglise. Il invite l’Eglise à se renouveler, à tenir en considération tel ou tel point  négligé de sa mission. Ainsi, à la fin du synode en cours, on pourra trouver une réponse à cette question : « Comment le Saint Esprit est – il en train d’inviter l’Eglise à grandir dans l’esprit Synodal ? Quel progrès le diocèse pourrait – il faire pour devenir plus synodal ? » [7].

Il est à remarquer que cette démarche n’est pas exhaustive quant aux processus synodaux qu’a connus l’Eglise au Rwanda : la période post – conciliaire, avec ses soubresauts, n’a sûrement pas épargné notre Eglise.

Cette période pourrait faire l’objet d’autres études ultérieures.

Disons enfin que cette étude est une invitation à chacun des membres de l’Eglise à se mettre en ligne de bataille pour donner sa contribution au synode sur la synodalité. Nous sommes  appelés à poursuivre l’œuvre que nos pères dans la foi ont commencé : ils ont semé, nous sarclons et Dieu moissonnera. Marchons ensemble dans l’Eglise, «   pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde ».

[1] D’après le Vademecum pour la synode sur la synodacité, 1- 2 P 1.

[2] Cfr. Instruction des ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi aux prêtres de leurs territoires, Léopoldville 1955, p.3

[3] Mgr Deprimoz L., Décisions synodales, Kabgayi, 1950 pp.3-4

[4] Cfr Ibidem, pp 8-59

[5] Cfr. Mgr PARRAUDIN A. Statuts Synodaux de l’archidiocese de Kabgayi, Kabgayi, Juillet 1960, pp. 6-7

[6] Cfr Mgr BIGIRUMWAMI A., Statuts Synodaux Lettres pastorales – Vade – mecum pastoral in Civitas Mariae, pp. 9-10

[7] Vademecum pour le synode sur la synodalité, annexe D, pp. 5

Abbé Pascal TUYISENGE

Recteur du Petit Séminaire Saint Vincent – Ndera et Mr Arcade TWUNGUBUMWE

In Bulletin Officiel de l’Archidiocèse de Kigali « Croisée des Chemins » n.121 »,p.21-29

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