Le programme de régulation des naissances de l’Église Catholique

Introduction

L’Eglise Catholique au Rwanda est consciente du problème qui se pose actuellement avec acuité : celui du phénomène démographique en rapide croissance. De ce fait, l’Eglise reste prête ẚ apporter sa contribution, pour la recherche des solutions durables ẚ ce phénomène, solutions qui restent fidèles à sa Doctrine et qui répondent bien à sa mission de la sauvegarde de vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle.

Faisant suite à l’Encyclique Humanae Vitae du saint Pape Paul VI, du 25 Juillet 1968, l’Eglise Catholique au Rwanda a senti l’urgence de l’intervention pastorale pour soutenir la famille en matière de promotion du Programme de Planification Familiale Naturelle. Elle le fait ẚ travers l’Action Familiale Rwandaise.

  1. L’Action Familiale Rwandaise
    • Brève historique

Même si l’Action Familiale Rwandaise a officiellement vu le jour en 1985, les débuts de la planification familiale par méthodes naturelles au Rwanda, remontent cependant en 1978, à la suite d’un Congrès organisé à Melbourne (en Australie) pour la célébration du 10ème anniversaire de l’Encyclique ” Humanae Vitae” de sa Sainteté le Pape Paul VI. Le père Pallottin Henri Hoser, Médecin-Directeur du Centre Médico-Social de Gikondo, y était délégué par le Gouvernement du Rwanda.  De son retour, il pose des jalons du programme de planification familiale par les méthodes naturelles au Centre de Gikondo, dans le cadre d’offrir aux couples qui le veulent une alternative à la contraception : la méthode d’ovulation ‘Billings’. Son expérience fut vite répandue dans quelques Diocèses du pays.

Le 25 Mars 1985, le projet d’Action Familiale fut présenté et approuvé par les Evêques Catholiques du Rwanda, comme contribution de l’Eglise Catholique à la recherche de solutions au problème démographique du pays. Les Evêques insistèrent sur la parenté responsable et recommandèrent les méthodes naturelles de régulation de la fécondité, parce qu’elles sont le fruit de recherches scientifiques très poussées et sont tout à fait conformes à la nature de l’homme, à sa vocation, à sa dignité, et contribuent grandement à l’épanouissement du couple.

Une triple tâche a été assignée à l’Action Familiale Rwandaise : information et transmission de connaissances relatives aux méthodes naturelles, formation à la technique des méthodes naturelles, éducation aux valeurs profondes du mariage et de la famille.

Dès lors, le programme d’Action Familiale au Rwanda se veut éclairer les consciences des époux à une décision commune, responsable, libre et digne de l’homme en matière de procréation. Ceci dans le cadre de continuité et de mise en application de l’Encyclique Humanae Vitae : « Les graves difficultés dans lesquelles se trouvent les pouvoirs publics à l’égard du problème de la démographie, spécialement dans les pays en voie de développement, ne doivent pas être résolues par le recours à des méthodes et à des moyens qui sont indignes de l’homme, et qui ne trouvent leur explication que dans une conception purement matérialiste de l’homme et de sa vie »[1].

  • La position de l’Eglise catholique en rapport avec la Planification Familiale

L’Eglise Catholique au Rwanda reconnait vivement que l’Action familiale est un pilier important pour l’offre des méthodes naturelles. L’Église entend un grand besoin et une grande responsabilité d’affronter les défis actuels qui rongent la famille, y compris celui de la sensibilité pour la parenté responsable. C’est pour cela que la collaboration de tous les intervenants en faveur de la famille est très intéressant.

Les Evêques Catholiques au Rwanda, dans leur lettre pastorale sur la parenté responsable, invitaient toutes les personnes de bonne volonté de se rendre à l’évidence que le bien des enfants à venir et le bien du pays, réclament un effort de régulation des naissances. « Nous instituons donc l’Action Familiale, écrivent-ils nos Evêques, afin de venir en aide aux foyers.  […]. Ces services de l’Action Familiale seront accessibles, non seulement aux chrétiens, mais à tous les couples qui le désireront. L’Action Familiale agira dans le respect de la religion et des convictions de chacun […]. Ces services sont ouverts à tous » (CEPR, Lettre pastorale 1987).

Effectivement, au sein de la pastorale familiale, le Programme de l’Action familiale est une priorité.

  • La Structure et le fonctionnement de l’Action Familiale Rwandaise
  • Le Secrétariat National d’Action Familiale (SNAF) 

 Le Secrétariat National d’Action Familiale (SNAF) relève de la Conférence Episcopale, par le biais de sa Commission pour la Famille. Ce bureau assure la formation tant théorique que pratique des Responsables des Centres Régionaux d’Action Familiale, leur supervision et la coordination des activités au niveau de tous les diocèses du Rwanda.

  • Le Centre Régional d’Action Familiale (CRAF) : niveau diocésain

Un diocèse peut avoir plusieurs Centres Régionaux d’Action Familiale, les activités à ce niveau, sont prises en charge par un Coordinateur/Formateur, qui gère l’ensemble d’actions de son programme, entre autre recruter, former et encadrer les éducateurs des couples de sa Région. Il représente le service, il défend ses intérêts ; il rend compte, en rédigeant les rapports de tout ce qui se passe au niveau du CRAF.  Il doit faire connaître les objectifs de l’Action Familiale dans son milieu.

  • Le Service Local d’Action familiale (SLAF) : niveau paroissial

 C’est à ce niveau que les couples sont accueillis et suivis. Une paroisse peut avoir un ou plusieurs SLAF. Celle ou celui qui prend en charge les activités du SLAF est appelé « éducatrice » quand il s’agit d’un couple, on l’appelle « couple éducateur ».

 Les principaux activités du service d’Action Familiale Rwandaise dès le SNAF[2], CRAF[3] et les SLAF[4] sont:

  • Service d’Administration et Finances
  • Formation
  • Suivi et Evaluation
  • Information, sensibilisation et communication
  1. Les méthodes naturelles de PFN
  • Définitions 

 Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par la « Planification Familiale Naturelle (PFN), on entend diverses méthodes de régulation et de prévention de la grossesse fondées sur l’observation des signes et symptômes naturels des phases fécondes et infécondes du cycle menstruel, et le respect de l’abstinence sexuelle pendant la phase féconde»[5].

Selon la Fédération Africaine d’Action familiale (FAAF), le terme  Planification Familiale Naturelle (PFN) regroupe trois notions différentes mais complémentaires[6] :

  • La PFN se définit par des moyens qui permettent au couple d’observer, jour après jour, les signes et symptômes des périodes fécondes ou stériles du cycle menstruel et de s’engager dans une relation sexuelle, en fonction de l’intention de favoriser ou de retarder une nouvelle naissance.
  • La PFN est un mode de vie qui accepte le principe d’une abstinence temporaire et qui, librement choisi par le couple, lui permet de réaliser son projet familial, d’enrichir sa vie sexuelle et de développer le dialogue conjugal.
  • La PFN est une démarche éducative par laquelle, la communauté, avec l’aide d’intermédiaires professionnels et non professionnels, fait découvrir aux jeunes leurs responsabilités de l’âge adulte (l’éducation à la vie et à l’amour), prépare les fiancées au mariage et développe l’autonomie et la pleine maturité du couple. Autrement dit, la Planification Familiale Naturelle (PFN) est l’ensemble des Méthodes qui permettent au couple, à avoir le nombre d’enfants voulus et au moment voulu, par la connaissance de la période fertile ou non fertile d’un cycle menstruel, ou soit par l’allaitement maternel.

Dans l’Action familiale Rwandaise, on ne peut pas parler des méthodes naturelles sans toutes fois parler de l’Education aux Valeurs Familiales (EVF).

  • La situation actuelle de l’Action Familiale Rwandaise

Sur 204 paroisses recensées dans tous les diocèses catholiques du pays, 111 offrent déjà des services de Planification Familiale Naturelle. 80 formations sanitaires ont des services de PFN, avec des éducatrices formées et encadrées par les agents de l’Action Familiale.  En total, 257 éducatrices sont accompagnées par les agents de l’Action Familiale Rwandaise en collaboration avec les responsables les Aumôniers et les responsables des formations sanitaires. Nous avons également 17 Formatrices diocésaines et jusqu’à la fin 2020 avons accompagnés 17 622 couples.

Les avantages

L’enseignement des méthodes naturelles de la PFN est une démarche éducative que médicale. C’est dans ces perspectives que les prestataires de la PFN sont dénommées “des éducatrices’’ bien préparées.

Dans la trousse pédagogique d’enseignement des méthodes naturelles de PFN publiée par l’OMS en 1998, Il est recommandé que les éducateurs chargés d’enseigner la PFN doivent posséder une expérience pratique de ces méthodes.  Si les formateurs aussi bien que les prestataires ne sont pas pédagogiquement et suffisamment préparés, le risque est grand de créer un discrédit sur l’efficacité des méthodes PFN.

Le seul niveau académique en matière médicale ne suffit pas pour permettre aux prestataires de transmettre les bases anthropologiques chrétiennes qui fondent l’exercice de la paternité et de la maternité responsable par la pratique de PFN.

Dans l’Action Familiale Rwandaise, l’efficacité du programme PFN dépend de trois facteurs principaux : la motivation du couple, les compétences spécifiques des prestataires de PFN et le respect des règles d’utilisation de la méthode adoptée.

Il me semble que pour relever le défi de la politique nationale pour la Planification Familiale (contraceptifs), l’Eglise au Rwanda devrait prendre en considération ces différents aspects.

  • Les défis
  • Défis liés aux moyens humains et matériels

 L’enseignement des méthodes naturelles de régulation des naissances requiert un personnel convaincu et bien formé. Souvent nous rencontrons des discordances dans certains diocèses entre les éducatrices dans les paroisses et celles des formations sanitaires.

  • Un grand nombre de couples éprouvent le besoin d’être initiés aux méthodes naturelles de régulation des naissances, mais tout le monde n’est pas encore servi. Certains couples habitent les endroits où il n’y a pas de service, d’autres entreprennent de longs voyages pour atteindre l’éducatrice
  • Suite à de multiples raisons, certains éducateurs n’assurent pas un suivi convenable aux couples en apprentissage des méthodes naturelles. De ce fait, il y a risque de discréditer l’efficacité des méthodes naturelles.
  • Les méthodes ne sont pas suffisamment connues ou sont mal connues à cause des rumeurs sur leur efficacité. Cela entraine des réticences chez certains couples.
  • Les difficultés financières à tous les niveaux rendent difficile la mise en place des nouveaux services locaux au niveau des paroisses
  • La plupart d’éducateurs travaillent de manière bénévole. Il est difficile de leur demander le suivi d’un grand nombre de couples, puis qu’ils doivent travailler aussi pour assurer la survie de leur famille.

Défis liés au contexte actuel

  • La culture du droit et de la liberté (libertinage) fait que chacun jouisse de sa vie sexuelle comme il l’entend : enfants, jeunes adolescents, adultes même les conjoints (mari et/ou femme). Les gens ne veulent plus s’imposer une discipline qu’ils considèrent contraignante. Ils n’aspirent qu’aux facilités de la vie sans privation ni sacrifice. D’où le refus d’utiliser les méthodes naturelles, qui exigent la continence périodique et l’amour fraternel entre les époux…
  • Pour le moment, l’usage de la contraception s’est accéléré de manière plus élevée et l’avortement se répand le plus vite, même chez les couples, car on veut éviter l’enfant à tout prix. Comme conséquences, plusieurs femmes fréquentent nos services après le recours à la contraception hormonale et la physiologie de leur cycle est perturbée.
  • Ce qui fait que dans certains cas, l’initiation à une méthode naturelle prend beaucoup de temps et exige de la part de l’éducateur des compétences particulières et/ou pour certains, ça demande un accompagnement plus ou moins long à la normale.
  • Conseils

Pour que l’Action Familiale Rwandaise puisse accomplir sa mission et atteindre les résultats satisfaisants à tous les niveaux (local, Régional et national), nous souhaitons ceci :

  • Renforcer la Pastorale Familiale au niveau des paroisses et centrales, car, les couples bien encadrés, adhérent facilement à l’utilisation des méthodes naturelles et leur accompagnement ne demande pas un temps plus long que le normal.
  • Accroître le nombre du personnel compétent à tous les niveaux (national, diocésain, paroissial) et leur offrir de bonnes conditions de travail, tout en faisant l’extension du programme des animateurs dans tous les autres diocèses.
  • Valoriser le travail des éducateurs bénévoles et prévoir pour eux un prime d’encouragement et les frais de transport et de communication quand il s’avère né
  • Renforcer la pastorale des jeunes et mettre en place les mécanismes de former et d’accompagner les jeunes, en vue de les aider à discerner et à résister au mal, au lieu de se soumettre passivement aux programmes qui détruisent leur avenir.
  1. Conseils aux autres couples et suggestions

 Le programme d’Action Familiale centré sur la prestation des services de PFN et l’Education aux valeurs du mariage et de la famille, aident les couples à cheminer vers l’évolution d’une véritable harmonie familiale. Il favorise la collaboration et la participation active des conjoints, la communication, le dialogue et la connaissance mutuelle au niveau physiologique, psychologique, morale et spirituelle.

Pour les couples ou les familles en situations difficiles ou irrégulières, ceux avec des conflits perpétuels, les témoignages des couples vont leur aider d’une façon ou d’une autre, à changer leurs comportements ou leurs opinions.

Nous encourageons aussi les couples à suivre les témoignages des autres couples, à travers les ondes et images de Radio Maria Rwanda, de PACIS TV et par d’autres voies médiatiques du pays.

 

Par Sœur Agnès UWIMANA

Directrice du SNAF

 

In Bulletin officiel de l’Archidiocèse de Kigali « Croisée des Chemins », numéro 120, p.6-19

           

[1]Cf. Humanae Vitae, n. 23.

[2] Secrétariat National d’Action Familiale

[3] Centre Régional d’Action Familiale

[4] Service Local d’Action Familiale (Paroisses et formations sanitaires)

[5]OMS, 1982

[6] Dublin, septembre 1980

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